Mardi 9 Fevrier 2010
Le Dit d'Amour (suite 4)
Et dans le grand livre ouvert au vent
des peines quotidiennes, elle laisse entrer sans frapper
le bouvreuil et le grillon,
les tourterelles et le chevreuil,
la rainette dorée et le mâle sanglier.
Et les bêtes, dans son livre comme dans un arche de Noé,
lui ont souri dans l’ombre des pages,
lui ont parlé tout bas dans le repli des mots,
écartant de ci, de là, les mots tristes et les mots morts,
pour qu’ils ne soient jamais écrits.
Seule avec son chant du monde elle a grandi,
elle a vieilli, au rythme de ce qu’elle a cru être sa vie.
Et comme si, jours après nuits, ce livre prenait vie,
comme si jours après nuits elle y glissait son âme,
livre et chant, tendrement, l’ont enlacée, elle,
la toute seule au monde abandonnée.
Qui ouvrira le livre ?
Qui comprendra l’humble secret de la vie,
cette quête obstinée d’un rien de tendresse
pour conjurer le grand froid des années ?
Qui entendra respirer le peuple du livre,
les ailes des oiseaux, le bruissement des feuilles
et ce cœur qui palpite, au cœur de la terre accordé ?
Qui pourra, d’âme franche, aimer ce livre et l’ouvrir sans trahir ?
Hommes, femmes, gens de la vie, gens de raison,
Qui portera ma peine, là où mon cœur la mène,
Avant que je ne meurs d’amour et de douleur ?
Hommes, femmes, gens de la vie, gens de raison,
Fermez bien vos maisons.
[in Le Dit d’Amour, M. Laffon et M. Boutroy]

Par Rhapsodie, Mardi 9 Fevrier 2010 à 19:52 GMT+2 dans Contes









